Affaire Geneviève Legay

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Affaire Geneviève Legay

Geneviève Legay - Acte XIX
Département Alpes-Maritimes
Ville Nice
Date 23 Mars 2019 (Acte XIX)
Arme Charge Policière
Blessure fractures au crâne, fracture de l’os de son oreille interne, nombreux hématomes sous-duraux
Enquête IGPN oui
géolocalisation 43° 42' 3.73" N, 7° 16' 49.35" E
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Geneviève Legay est une éducatrice spécialisée à la retraite, syndiquée à la CGT et porte-parole de l'association Attac 06.

Née à Paris, d'un couple d'ouvriers attachés au gaullisme. Mère de trois filles, elle a milité au Parti Communiste français de 1977 jusqu'en 1989. Elle a voté Mélenchon en 2017 et Manon Aubry aux Européennes 2019. Concernant les Gilets Jaunes, pensant le 17 Novembre à avoir à faire à des "fachos", elle change d'avis en visionnant l'interview de deux femmes Gilets Jaunes d'un rond-point à la télévision le 18 Novembre qui expliquaient leur impossibilité de vivre dignement avec peu d'argent. Depuis elle est engagée au côté du mouvement, car cela faisait 45 ans qu'elle attendait un mouvement de révolte des pauvres[1].[2]

Contexte

Le 23 Mars, place Garibaldi à Nice, en début d'après-midi Geneviève Legay fait parti d'une soixantaine de manifestants pacifiques qui bravent l'interdiction de manifester promulguer par la préfecture.[3]. L'interdiction a été prise par arrêté préfectoral, la veille au soir à 18 h 30, et était difficilement accessible sur le site de la Préfecture suivant l'équipe de journalistes CheckNews du journal Libération au point que lors l'interview qu'a donnée Geneviève Legay à CNews avant l'incident[4], cette dernière a pu déclarer en toute bonne foi qu'elle n'avait pas vu l'interdiction.[5] Le Monde rapporte le témoignage d'un journaliste sur place ce jour-là: "« L’ambiance était très tranquille » et le groupe était « composé essentiellement de femmes et de personnes âgées, sans casse, sans projectiles ».[6]

Les circonstances de la chute de Geneviève Legay

Les CRS chargent les manifestants rassemblés dans le calme en réponse à l'ordre donné par le commissaire Rabah Souchi [7], les escadrons de gendarmes à proximité n'exécutent pas cet ordre. Geneviève Legay est bousculée et tombe à terre se blessant gravement. Selon les premières images disponibles, celle de France 3, on ne peut déterminer qui pousse la manifestante même s'il ne fait aucun doute que sa chute soit en rapport avec la charge des CRS. On peut déterminer qu'elle tenait un gilet jaune dans la main droite et le drapeau Arc-en-ciel symbole de la paix dans la main gauche.[8]. Sa tête a heurté violemment un plot de sécurisation de la plateforme du tramway selon Nice-Matin.[9]

Les images d'un live Facebook de "Motard 06" montrent le déroulé de l'incident. Sur la place un manifestant se plaint "qu'ils arrêtent encore les médics", les infirmiers bénévoles qui soignent les manifestants. Puis on entend les sommations avant la charge de police. Tour de suite après un manifestant déclare: "Oh la femme, ce qu’ils lui ont mis". Geneviève Legay inconsciente sur le sol, est prise en charge par un CRS, un manifestant intime aux CRS d'appeler les pompiers. Un CRS déclare "Participation à une manifestation interdite. Malgré les dispersions. Le parquet appréciera. (…) Donc on interpelle." Finalement une policière déclare que les pompiers arrivent. Ils arriveront 10 minutes plus tard.[10]. Ces images par contre ne permettent toujours pas de voir qui a poussé en dernier lieu Geneviève Legay.

Mediapart a recueilli le témoignage de deux streets medics et d'un chef d'entreprise à la retraite, qui s'accordent pour dire que Geneviève Legay a reçu un coup de bouclier d'un policier. Le dernier témoin affirme aussi avoir vu un coup de pied, ainsi que la victime a été déplacée de deux mètres par un policier pour la placée près d'un pylone.[11]

Les policiers reconnaissent de leur côté avoir enjamber la victime. L'un deux par exemple témoigne avoir "constaté la présence d’une personne au sol que j’ai dû enjamber pour ne pas trébucher. (…) J’ai continué mon mouvement en compagnie de mes deux collègues et c’est une fois la progression terminée que nous avons constaté que c’était une femme qui était au sol ».[12]

Avant la charge, les streets medics avaient été éloignés par les forces de l'ordre pour leur "protection" suivant une vidéo de France 3. Après l'accident de madame Legay, un gendarme vient les chercher pour porter secours à celle-ci. Une des street-medics affirme dans le reportage que le commissaire divisionnaire en charge de la sécurité du lieu, a alors refusé qu'ils aillent porter secours à Geneviève Legay. Les street-medics sont alors placé en garde à vue pour une durée de dix heures dans des conditions difficiles selon eux: menottés, dans une cellule insalubre comportant des excréments sur les murs, sans boire et sans manger. [13]

Transportée à l'hôpital les premiers examens indiquent que Mme Legay souffre "de plusieurs fractures au crâne, d’une fracture de l’os de son oreille interne, le rocher, ainsi que de nombreux hématomes sous-duraux."[14]. Des examens complémentaires vont mettre en évidence 5 côtes fracturées.[15]

Le comportement du Procureur de la République de Nice: Un mensonge impuni

Le jour de l'incident Jean-Michel Prêtre, Procureur de la République de Nice, a ouvert une enquête préliminaire, "en recherche des causes des blessures" qu'il a confié au "groupe d'assistance judiciaire" .[16] comme le révèle Mediapart le 6 Avril, groupe sous l'autorité de la commissaire divisionnaire Hélène P., qui se trouve être la compagne du commissaire Rabah Souchi, chargé des opérations le jour des manifestations, ce qui pose le problème d'un possible conflit d'intérêt. [17] Plus tard, Médiapart révèle également que cette commissaire divisionnaire avait participé au maintien de l'ordre lors de la manifestation dans la zone où a eu lieu l'accident de Mme Legay, relevant d'un autre conflit d'intérêt probable.[18]

Le jour-même de la manifestation, le 23 Mars, un officier de police judiciaire a affirmé dans son rapport que Geneviève Legay aurait été bousculée par « un homme qui portait un bouclier »

Le 24 Mars vers 7 h 30, les policiers sont venus interroger à l'hôpital Geneviève Legay alors que son pronostic vital était encore engagé. D'après elle, "Ils ont surtout insisté pour me faire dire que c’était un journaliste qui m’avait poussée. Or c’est faux. Je me rappelle avoir été poussée par un policier et je le leur ai dit. Mais ils insistaient sur le journaliste." [19]. Selon son témoignage à QG, ce jour-là, elle verra passer 3 binômes de policiers différents qui lui poseront toujours la même question comme quoi ce serait un journaliste qui l'aurait poussée.[20]

Deux jours plus tard,Le 25 Mars, Emmanuel macron dans une interview à Nice-Matin a affirmé que Geneviève Legay n'a "pas été en contact avec les forces de l’ordre". [21].

Quelques heures plus tard,lors de sa conférence de presse, le procureur de la République de Nice, Jean-Michel Prêtre a déclaré: ""Elle a été poussée, la chute est intervenue alors que les forces de l'ordre intervenaient pour une action de dispersion", "On ne voit pas qui la pousse", mais "elle n'a pas été touchée par les forces de sécurité", et en même temps " "il est difficile de savoir qui exactement était derrière elle". il "exclut qu'elle était en train de courir" et soit tombée seule, il y avait derrière elle trois personnes, "un journaliste qui filmait, une autre manifestante et une autre personne à la casquette marron".[22]

Le Procureur de la République de Nice, sait de quoi il parlait, comme l'a révélé Médiapart plus tard, il était lui-même dans la salle de commandement pour observer les opérations de police, y compris celles de la place Garibaldi.[23]

Le 28 Mars, après la publication dans la presse, notamment de Médiapart, de témoignages de participants à la manifestation qui ont déclaré avoir vu Mme Legay poussée par un policier, les enquêteurs ont analysé les vidéos de surveillance de la ville de Nice qui étaient en leur possession depuis le premier jour et ont conclu: "Mme Legay est projetée sur sa gauche suite à un contact avec un policier." Le lendemain, un des policiers qui affirmaient avoir poussé un homme, est revenu sur son témoignage et a affirmé qu'il avait en fait poussé une femme.[24]

Face à ces incohérences dans le traitement de l'affaire par le Procureur de la République de Nice, la direction des services judiciaires a saisi le procureur général de la cour d’appel d’Aix-en-Provence pour qu'il convoque Jean-Michel Prêtre afin qu'il s'explique, le 16 Avril. Devant le Procureur Général, Jean-Michel Prêtre reconnait qu’il avait dédouané les policiers pour éviter «des divergences trop importantes» entre sa version et celle d’Emmanuel Macron.[25]. Dans ce genre de procédure, c'est au ministre de décider des sanctions. La ministre de la Justice, Nicole Belloubet, ayant reçu un compte-rendu de cet entretien a "estimé qu’il n’y avait pas lieu à des poursuites disciplinaires» envers le Procureur de Nice pour ce mensonge.[26]

Néanmoins le 5 Août on apprenait que Jean-Michel Prêtre était proposé au poste d'avocat général près la cour d'appel de Lyon par le ministère de la Justice auprès du Conseil supérieur de la magistrature, nomination qui si elle était effective, pourrait être interprétée comme une rétrogradation puisqu’il ne serait plus à la tête d’un parquet, mais désormais soumis aux ordres d’un procureur général.[27]. Une semaine avant c'était Geneviève Legay et l'association Attac dont elle fait parti, qui avait saisi ce même Conseil Supérieur de la Magistrature, pour lui demander "une sanction et une destitution de Monsieur Prêtre de ses fonctions actuelles". [28] Le 9 Octobre, sa mutation est publiée au Journal Officiel.[29]

Le comportement du commissaire divisionnaire: Ordres proportionnés à la menace ?

Mediapart, ainsi que le Monde révèlent, en Juin 2019, l'existence d'un rapport d'un commandant d'escadron de gendarmerie rendu deux jours après l'incident, c'est à dire le 25 Mars, indiquant que son escadron a refusé de participer à la charge de police orchestrée par le commissaire Rabah Souchi. Le rapport fait état d’« ordres reçus disproportionnés face à la menace (foule calme) ».[30]. Ce rapport mettant en difficulté la défense du commissaire divisionnaire de Nice n'avait pas été versé au dossier selon Le Monde[31]. Le Monde rapporte le témoignage d'un journaliste sur place ce jour-là: "« L’ambiance était très tranquille » et le groupe était « composé essentiellement de femmes et de personnes âgées, sans casse, sans projectiles », (...) avant d’ajouter : « La force de la réponse était presque criminelle. »[32]. L'IGPN a été saisie face à cette incohérence.[33]. Cette dernière avait déjà eu à enquêter sur le commissaire Rabah Souchi à Arras, en raison de plainte sur son management interprété comme trop brutal, et qui ne passait pas avec les syndicats de Police.[34]

Médiapart a révélé le 17 Juillet 2019, que Rabah Souchi ainsi que sa compagne ont reçu "la médaille de la sécurité intérieure" de bronze de la part de leur hiérarchie du Ministère de l'Intérieur le 16 Juin, distinction venant récompensé "les services particulièrement honorables notamment un engagement exceptionnel (...), et à récompenser des actions revêtant un éclat particulier.". Cette médaille est d'habitude remise à date fixe généralement le 1er Janvier et le 14 Juillet. La distribution du 16 Juin était exceptionnelle et servait à récompenser les policiers ayant fait preuve de mérites lors de la crise des "gilets jaunes".[35]. Dans la même veine, le 9 Septembre 2019, Christian Estrosi, maire de Nice, ex-LR, a tenu à rendre hommage au travail de Rabah Souchi à Nice.[36].

Dépaysement de l'enquête

A la demande des avocats de Geneviève legay et d'Attac, l'enquête sur les circonstances de ses blessures est dépaysée à Lyon en Juillet 2019.[37]

Les séquelles

Dans une interview pour le magazine Pas de Quartier de la WebTV QG de Aude Lancelin, Geneviève Legay expliquait qu'elle a passé deux mois à l'hôpital et avait des séquelles de l'accident: Plus d'odorat, au niveau du gout les sensations sont basiques, salé ou sucré, une perte de 35% de l'audition. Elle titube toujours, et une odeur parasite circule dans sa tête en raison des dommages à son cerveau.[38]


Références